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Sensibilisation à la sexualité

Santé
Grand public 13-99 ans
Projet finalisé

Description du projet

  • Lieu de l'action : Koungou
  • Porté par : DELEGATION TERRITORIALE DE MAYOTTE - 976 Mayotte
  • Dates : Le 08 sept. 2021

La prévention spécialisée a pour mission d’accompagner un public enfant et jeunes adultes âgé de 11 à 30 ans, dans la commune de Koungou (Majicavo Koropa, Koungou, Trévani, Longoni). Les éducateurs  de rue identifient les jeunes et les jeunes adultes au sein des quartiers et leur propose un accompagnement adapté à leur propre situation. La plupart de nos accompagnements sont orientés vers : ➔ La socialisation ➔ L’accès aux droits ➔ L’insertion professionnelle ➔ L’éducation ➔ La scolarisation ainsi que le soutien à la parentalité. Dans la culture mahoraise, la sexualité est un sujet tabou. Auparavant les grands-mères se chargeaient de cette partie de l’éducation, cependant beaucoup de non-dit persistaient. Les éducateurs de rue ont décidé de réaliser des ateliers sur l’éducation sexuelle pour sensibiliser les jeunes et leurs familles. Donner aux parents des outils de communication sur la manière d’aborder ce sujet avec leurs enfants. L’équipe de la prévention spécialisée a constaté le manque de sensibilisation sur le sujet de la sexualité et l’accès difficile d’informations. Elle a aussi constaté un manque de communication sur ce sujet intime pour les personnes qu’ils accompagnent et qui vivent en marge de la société. Les éducateurs de rue rencontrent beaucoup de jeunes filles qui sont mères ou tombent enceintes très tôt. Cela met donc un frein à l’accompagnement réalisé par le service de la Prévention Spécialisée. Nous avons aussi remarqué que ces grossesses précoces créent un conflit entre les parents et les jeunes filles. Souvent ces jeunes mères se retrouvent isolées, et certaines se prostituent pour pouvoir subvenir aux besoins de leur enfant. Par conséquent, elles retombent à nouveau enceintes et entrent dans un cercle vicieux. Régulièrement ces jeunes filles décident de cesser l’accompagnement proposé par nos équipes. Beaucoup de celles qui sont scolarisées décident d’arrêter l’école (ou leur formation) pour diverses raisons (problème de garde d’enfant). Le constat fait par les éducateurs qui travaillent dans la commune de Koungou : il y a beaucoup d’acteurs sociaux dans la commune (CCAS, UTAS, dispensaires et associations…), mais peu de ces structures travaillent de manière régulière sur cette thématique.

Bilan

I.Présentation du projet

L’équipe de la prévention spécialisée de Koungou a constaté un manque de sensibilisation sur le sujet de la sexualité et un accès difficile aux informations. Elle a aussi constaté un manque de communication sur cette thématique de la santé sexuelle qui touche à l’intimité des personnes accompagnées, qui, pour la plupart vivent en marge de la société. Les éducateurs de rue rencontrent beaucoup de jeunes filles qui sont mères ou tombent enceintes très tôt.

Ces grossesses précoces créent un conflit entre les parents et les jeunes filles. Souvent ces jeunes mères se retrouvent isolées, et certaines se prostituent pour pouvoir subvenir aux besoins de leur(s) enfant (s).

Par conséquent, certaines femmes retombent à nouveau enceintes et entrent dans un cercle vicieux. Régulièrement, ces jeunes filles décident de cesser l’accompagnement proposé par la prévention spécialisée. Beaucoup de celles qui sont scolarisées décident d’arrêter l’école (ou leur formation) pour diverses raisons (notamment le problème de garde d’enfant).

Après ses nombreux constats, notre équipe d’éducateurs et une stagiaire ont décidé de réaliser des ateliers sur l’éducation sexuelle pour sensibiliser les jeunes et leurs familles. Et ainsi, de donner aux parents des outils de communication sur la manière d’aborder ce sujet avec leurs enfants.

 

II. Objectifs du projet

  • Objectifs généreaux 

Informer et Sensibiliser les jeunes pour mieux se protéger et protéger les autres. 

Informer la famille pour lever les tabous, et mieux communiquer avec leurs enfants sur la sexualité.

  •  Comprendre ce qu’est la sexualité
  •  Identifier et travailler les représentations de la sexualité, (culture – éducation),
  • Savoir que cette construction se fait de manière consciente, et peut être inconsciente lorsqu’elle est  influencée par divers facteurs (les rumeurs, les groupes de pairs…).

 

  • Objectifs opérationnels 

Organiser des ateliers de prévention, d'information et d’expression sur la vie affective et sexuelle, pour les jeunes et leurs parents.

Etablir un environnement de confiance qui favorise les échanges entre les jeunes et leurs familles.

Faire intervenir des partenaires variés et compétents sur la thématique de la sexualité.

 

III. Déroulement du projet 

De juillet à septembre 2021, l’équipe de la Prévention Spécialisée s’est mobilisée sur la recherche de partenaires et de financement sur la plateforme  Redtouch.

Les premiers ateliers ont  débuté en septembre  et novembre 2021 avec des partenaires internes de la CRF. Après plusieurs modifications du projet, ce dernier a été finalisé en juin 2022.

Le projet a été ralenti pour plusieurs raisons.Un climat d’insécurité s’est installé dans la commune de Koungou.  La Mairie de Koungou a été incendiée, juste après le décasage d’un quartier nommé Carobolé.  Une cellule psychologique  d’urgence à destination des habitants et des professionnels  a été mise en place par l’Etat en réponse à des actes de délinquance.

Nous avons dû également quitter notre local de Prévention Spécialisée de manière précipitée, ce qui n’a pas non plus facilité la bonne continuité du projet.  

L’équipe s’est donc adapté et a demandé à un partenaire de nous accueillir pour réaliser les ateliers au sein de : la cité des métiers de Koungou.

Le public bénéficiaire

Nous avons constitué 3 groupes :

-          Groupe 1 : 10 jeunes de 11-15 ans

-          Groupe 2 : 10 jeunes de 16-25 ans

-          Groupe 3 : 10 parents des 11-15 ans

 

La première étape : les ateliers sur les représentations

Les ateliers ont débuté par une réflexion sur les représentations pour les 3 groupes, en lien avec les 3 thématiques ci-dessous :

·       La contraception,

·       Les infections sexuellement transmissibles (IST),

·       La grossesse,

·       Le consentement.

Nous avons effectué une séance chaque mercredi pour chaque groupe :

·       Le 15 septembre 2021 de 09h00 à 12h00  - Groupe 1

·       Le 22 septembre 2021 de 09h00 à 12h00 -  Groupe 2

·       Le 18 novembre 2021 de 09h00 à 12h00 - Groupe 3

Nous avons utilisé l’outil « focus groupe » de la chargée d’appui et de renforcement dans les démarches communautaires du pôle prévention santé  de la Croix-Rouge. Cet outil consiste à recueillir des éléments sur des problématiques de santé (connaissances, expériences, pratiques de la population) via un échantillon choisi afin de pouvoir proposer une réponse qui sera adaptée au réel besoin de la population.

Pour cette première étape, plusieurs choses sont ressorties notamment sur les deux groupes de jeunes. La plupart connaissent certaines infections sexuellement transmissibles comme le VIH et la chaude-pisse. Cependant beaucoup de ari-ari (on-dit) persistent. Voici, ci-dessous, quelques éléments représentatifs de nos échanges avec les jeunes :

« Il y’a un médicament à la mahoraise contre la chaude pisse, on prend une noix de coco verte avec de l’encens blanc, et de l’eau, on chauffe comme du thé et on le boit pendant 7 jours ça te guérit de la chaude pisse ».

« On peut boire de l’eau de coco pour guérir des infections » (groupe 11-15 ans)

« Si un homme veut savoir si sa femme à la chaude-pisse, une fois qu’il met son pénis dans le vagin et que c’est très chaud, ça veut dire que la femme à la chaude-pisse » (groupe 16-25 ans)

« Si on ne veut pas tomber enceinte, il faut prendre du coca, de l’Efferalgan, on mélange le tout, on le boit et  on est bien nettoyé, ou bien il faut manger des ananas vertes » (groupe 16-25 ans)

Quant aux parents, certains pensent que c’est « L’école qui véhicule souvent des messages qui laissent entendre aux jeunes qu’ils peuvent faire l’amour puisqu’ils leur disent de se protéger ou de prendre la pilule ».

Nous avons porté plusieurs messages clefs qui permettent de bousculer les idées reçues et d’échanger avec les jeunes.  « Nous avons tous des représentations sur la santé sexuelle, elles ne sont pas toujours semblables. En parler, permet de comprendre si nous sommes en accord avec celles-ci et de comprendre certains de nos comportements. Ces représentations sont véhiculées par internet mais aussi par la famille et les amis ».

Cette première étape va permettre aux partenaires qui vont intervenir de proposer des contenus adaptés aux publics concernés et de mettre le groupe en accord sur une culture commune en lien avec l’éducation à la vie affective et sexuelle.

La deuxième étape : les interventions sur l’éducation à la vie affective et sexuelle

C’est l’éducateur référent du projet, qui explique le projet et pose le cadre pour le bon

déroulement des séances. Les partenaires ont pu intervenir 3 jours : 

  Le 11 mai 2022 : de 09h00 à 12h00 (groupe 11-15 ans)

  • Intervenants

ABDALLAH Raysate : Chargée  de la plateforme Santé Sexuelle et Reproductive (Croix-Rouge)

HECQUET Amy : Sage-femme REPEMA

Le 18 mai 2022 : de 09h00 à 12h00 (groupe 16-25 ans)

  • Intervenante

ABDALLAH Raysate : Chargée  de la plateforme Santé Sexuelle et Reproductive (Croix-Rouge)

Le 31 mai 2022 : de 09h00 à 12h00 et de 13h00 à 15h00 (groupe parents)

  • Intervenants

ATTIBOU Tanlimi : Conseillère Conjugale et Familiale Mlézi Maoré

ABDALLAH Raysate : Chargée  de la plateforme Santé Sexuelle et Reproductive (Croix-Rouge)

 

De manière générale, en ce qui concerne les parents, les séances avec les partenaires ont permis de prendre du recul et de s’exprimer sur des situations  qu’ils ont vécues ou vues. Ci-dessous, certaines citations des participants aux ateliers :

« Avant que le mari touche la femme, il faut d’abord qu’il demande à la femme comment, elle se sent, comment elle va ? si ça se trouve elle ne va pas bien, tu peux la toucher et elle peut être agressive »

« Il y a des hommes qui ne demandent pas l’autorisation de la femme avant de coucher avec. Il y a des hommes qui osent coucher avec la femme même si elle est endormie. Si je dis ça c’est parce que ça m’est arrivée ; à l’époque j’étais jeune, mon mari m’est rentré dedans alors que j’étais endormie. Depuis ce jour, j’avais peur, je dormais avec plein d’habits comme ça dès qu’il commence à m’enlever un habit, j’aurais le temps de me réveiller ».

« Coucher avec une femme endormie est une chose abominable. De plus, cela est interdit de coucher avec quelqu’un qui est inconscient »

« C’est vrai qu’on a un devoir d’épouse, mais quand un homme t’insulte et te maltraite, et après il dit avoir envie de toi, ton cœur ne sera pas d’accord de coucher avec lui »

En ce qui concerne les jeunes, ils ont accès à certaines informations liées à la sexualité, mais n'ont pas forcément les comportements adéquats. Les séances avec les partenaires, leurs ont permis d’avoir un nouveau point de vue.  

« Si on a envie d’avoir un petit passe-temps avec quelqu’un qu’on vient tout juste de le rencontrer, le préservatif est le seul moyen de protection contre les IST et la grossesse ».

Au terme des  séances, les animateurs font un point sur les différents lieux ressources en termes d’accueil, d’écoute et d’accompagnement dans le champ de la santé sexuelle. Une conclusion de la séance est effectuée.

 
 ●    Règlement des ateliers

Les ateliers reposent sur une éthique qui garantit le respect et le droit à l’intimité et à la vie privée de chacun : tout ce qui est dit lors des séances ne doit pas être diffusé à l’extérieur.

La prise de parole doit se faire dans le respect ; les éducateurs et les intervenants sont là pour partager le temps de parole, réguler et cadrer les temps d’échanges.

Le respect des locaux internes et externes sont obligatoires.

●    Déplacement/Transport
 Pour la dernière séance, un bus de la Croix-Rouge était mobilisé pour récupérer les participants de Longoni, Trévani et Majicavo. 

Pour les autres séances, les éducateurs se sont relayés pour récupérer les participants dans les divers villages de la commune.

 

●    Alimentation
Il y avait la prise en charge du petit déjeuner et/ou du repas du midi.

-          L’assiduité de certains participants du début à la fin  

-          Une table ronde pour demander l’avis des participants

Voici quelques citations du groupe de jeunes :

« Je pense que nos parents devront faire ce genre d’atelier car certains parents poussent, leurs enfants à la prostitution, nos parents sont des délinquants »

« Nous menons un projet de ce genre au lycée sous forme de théâtre et nous ferons un spectacle à la fin de l’année, mais ces divers séances m’ont appris beaucoup de choses utiles »

Et quelques citations du groupe de parents :

« J’aimerais  qu’on organise plus souvent ce genre de discussions notamment sur le sujets de la parentalité, des parents isolés »

« J’ai appris des choses que je ne connaissais pas »

« Nous pourrons partager à nos enfants, ou même aux personnes qui n’étaient pas là, ce qu’on a appris aujourd’hui »

Ses ateliers ont permis de lever certains questionnements sur :

·       La grossesse : « comment on fait les bébés ? », les grossesses précoces, l’IVG 

·       Les contraceptions

·       « Où se faire dépister des IST », « où se protéger ? » : orientation vers des partenaires tels que le CeGIDD, Jakaranda, REPEMA….

·       Les Points relais pour avoir des préservatifs : Croix rouge à Koungou, Majicavo et les bénévoles  qui sont dans les bornes fontaines, Collèges…

Les ateliers ont permis d’échanger sur la connaissance de soi, de ses limites et de s’accorder le droit de dire NON.

IV. Conclusion

Les thématiques qui ont été abordées et le choix des intervenants étaient pertinents et ont permis des échanges intéressants. Les questionnements ont été nombreux pour tous les groupes. Une réelle prise de conscience s’est mise en place sur la responsabilité des uns et des autres dans sa vie affective et sexuelle. Le fait d’apprendre à connaître ses limites, s’accorder le droit de refuser, sans honte, ni culpabilité a été un temps important lors de ces séances.

La parole était libre et respectueuse.

Ce projet a permis d'apporter des informations au public visé, de « lever le voile » sur des sujets qui sont tabou. Certains parents ont osé se confier sur des pratiques archaïques dont ils ont été victimes. Nous avons profité pour les orienter vers des structures adaptés à leurs besoins.

Nous avons remarqué que certains parents étaient très satisfaits de ces séances et souhaitaient réitérer l’expérience. Il y a un réel besoin exprimé d’avoir des groupes de paroles et d’échanges sur le soutien à la parentalité.

La plupart des jeunes ont exprimé que ce genre d'action devrait être fait dès le plus jeune âge : par les parents, et par les institutions pour réduire certains comportements à risque car la plupart sont informés mais, selon eux «pas de la bonne manière ».

Il est important pour, nous, professionnels, de toucher, sensibiliser ce public avec des outils adaptés et des intervenants compétents qui sont aptes à aborder cette thématique.


Bilan redtouch sensibilisation à la sexualité